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Décret tertiaire : ce que vous devez déclarer sur OPERAT

Guillaume Pons · · Mis à jour le 21 septembre 2026
Grand écran affichant « L’écart mesuré en Occitanie », comparaison des classes DPE

Il y a une obligation dont beaucoup de propriétaires de bureaux et de commerces découvrent l’existence par un courrier, une remarque d’expert-comptable, ou une clause de bail qu’ils n’avaient pas lue. Elle ne porte pas sur un diagnostic à produire, mais sur une trajectoire à tenir et une déclaration à faire chaque année.

C’est le décret tertiaire, plus exactement le dispositif Éco Énergie Tertiaire. Il ne demande pas un rapport : il demande des résultats, mesurés, déclarés, comparés à une année de référence que vous avez vous-même choisie.

Voici ce qu’il faut comprendre si vous détenez ou occupez un bâtiment tertiaire dans la région de Montpellier.

Qui est assujetti, et le piège du seuil

Le dispositif vise les bâtiments, parties de bâtiment ou ensembles de bâtiments à usage tertiaire d’au moins 1 000 m² de surface de plancher.

Les activités concernées couvrent l’essentiel du secteur : bureaux, commerces, enseignement, santé, hôtellerie et restauration, logistique, culture, sport, administration. Le logement n’entre pas dans le périmètre, l’industrie non plus.

Le piège, c’est le mot « ensembles ». Le seuil ne s’apprécie pas local par local, mais sur le cumul des surfaces à usage tertiaire d’une même unité foncière ou d’un même ensemble. Trois commerces de 400 m² dans le même immeuble ne sont pas trois biens de moins de 1 000 m² : c’est un ensemble de 1 200 m², assujetti.

Beaucoup de propriétaires se croient hors périmètre parce qu’ils raisonnent lot par lot. C’est le premier point à vérifier, avant toute autre chose.

Ce que le décret exige réellement

Deux obligations distinctes, qu’il ne faut pas confondre.

Une obligation de résultat. Réduire la consommation d’énergie finale du bâtiment selon une trajectoire par paliers successifs, étalée sur plusieurs décennies. La réduction se mesure soit en valeur relative, par rapport à une année de référence que vous choisissez, soit en valeur absolue, par rapport à un seuil de consommation fixé par catégorie d’activité. Les assujettis choisissent la méthode la plus favorable à leur situation.

Une obligation déclarative. Renseigner chaque année les consommations d’énergie du bâtiment sur la plateforme OPERAT, gérée par l’ADEME. La plateforme calcule votre position par rapport à la trajectoire et délivre une attestation annuelle.

La distinction compte. On peut être parfaitement vertueux sur ses consommations et néanmoins en défaut parce qu’on n’a rien déclaré. Inversement, déclarer scrupuleusement ne dispense pas de progresser.

L’année de référence : le choix qui vous engage pour longtemps

C’est la décision la plus structurante du dispositif, et celle qui se prend trop souvent à la va-vite.

L’année de référence est le point de départ de votre trajectoire en valeur relative. Toutes les réductions futures se mesureront par rapport à elle. Elle doit correspondre à une année d’occupation pleine et représentative, appuyée sur des consommations réelles que vous pouvez justifier.

Les deux erreurs symétriques :

Ce choix mérite qu’on s’y arrête, factures en main, avant la première déclaration. Une fois la trajectoire engagée, revenir en arrière est laborieux.

Propriétaire ou locataire : qui déclare quoi ?

C’est la question qui bloque le plus de dossiers, notamment en commerce et en bureaux multi-occupants.

Le principe : propriétaire et preneur à bail sont conjointement soumis à l’obligation, chacun pour ce qui relève de son périmètre de maîtrise. Le propriétaire répond du bâti, de l’enveloppe, des équipements collectifs. L’occupant répond de ses propres consommations et de son usage — horaires, équipements, densité d’occupation.

En pratique, il faut s’accorder contractuellement. Qui collecte les données ? Qui saisit sur OPERAT ? Qui finance les travaux d’amélioration, et selon quelle répartition ? Les baux commerciaux récents comportent une annexe environnementale destinée à organiser ce partage. Les baux anciens, souvent, ne disent rien — et c’est là que les litiges naissent.

Mon conseil aux propriétaires : ne présumez pas que votre locataire s’en occupe. Vérifiez, écrivez-le, et gardez la trace des déclarations effectuées.

Le décret n’est pas un diagnostic — mais il en crée le besoin

Il faut être précis : le décret tertiaire n’exige aucun diagnostic. Aucun rapport n’est à produire pour satisfaire l’obligation déclarative. On pourrait, techniquement, déclarer ses consommations sans jamais avoir fait analyser son bâtiment.

Sauf qu’on ne réduit pas ce qu’on ne comprend pas.

La trajectoire suppose de savoir où part l’énergie : quelle part au chauffage, à la climatisation, à l’éclairage, aux équipements. Quels gisements d’économies existent, lesquels sont gratuits — réglages, horaires, consignes — et lesquels supposent des travaux. Combien coûtent ces travaux, et en combien de temps ils se remboursent.

C’est le rôle du DPE tertiaire, qui se fonde justement sur les consommations réelles du bâtiment et non sur une méthode conventionnelle, et plus encore celui d’un audit énergétique. Ces deux missions relèvent de certifications avec mention, distinctes de celles du logement : au moment de consulter, demandez l’attestation et vérifiez que la mention y figure explicitement.

Pour être transparent sur mon propre périmètre : Pons DPI intervient sur le logement — maisons, appartements, lots d’habitation — avec des certifications sans mention. Je ne réalise ni DPE tertiaire ni audit énergétique de bâtiment tertiaire — ce sont des certifications que je n’ai pas, et que je ne revendiquerai pas tant qu’elles ne sont pas acquises. Si vous détenez un bâtiment assujetti, adressez-vous à un diagnostiqueur ou un bureau d’études qui présente la mention, ou à une structure qualifiée OPQIBI 1905 pour l’audit. Cet article est là pour que vous arriviez chez eux en sachant ce que vous demandez.

Le décret crée le besoin. Le diagnostic y répond. Beaucoup de propriétaires font le chemin dans l’ordre inverse : ils découvrent l’obligation déclarative, déclarent dans l’urgence, puis cherchent après coup à comprendre pourquoi leur bâtiment consomme autant.

Ce que vous risquez, et le vrai risque

Le dispositif prévoit une procédure graduée : mise en demeure, puis publication du nom de l’assujetti défaillant sur un site de l’État — le mécanisme dit du name and shame — et une sanction administrative.

Mais le risque le plus concret n’est pas là. Il est patrimonial.

Le marché tertiaire a changé. Un acquéreur, un investisseur, un preneur à bail interrogent désormais systématiquement la performance énergétique d’un bâtiment et sa conformité au décret. Un actif dont la trajectoire n’est ni connue, ni déclarée, ni pilotée devient un actif décoté : l’acheteur intègre dans son prix le coût des travaux qu’il devra engager, et la conformité qu’il devra rattraper.

C’est exactement la dynamique qu’on a observée sur le logement avec les passoires thermiques classées F ou G, où l’étiquette du DPE est devenue un déterminant du prix. Le tertiaire suit le même chemin, avec quelques années de décalage.

Ce qu’il faut retenir

Questions fréquentes

Mon bâtiment est-il assujetti au décret tertiaire ? +

Le dispositif Éco Énergie Tertiaire vise les bâtiments, parties de bâtiment ou ensembles de bâtiments à usage tertiaire d'au moins 1 000 m² de surface de plancher. Le seuil s'apprécie sur le cumul des surfaces à usage tertiaire, ce qui surprend souvent : plusieurs petits locaux d'un même ensemble peuvent, additionnés, franchir le seuil. Sont concernés les bureaux, commerces, enseignement, santé, hôtellerie, logistique, administration. L'usage résidentiel et industriel n'entre pas dans le périmètre.

Qu'est-ce que la plateforme OPERAT ? +

OPERAT est la plateforme de recueil et de suivi gérée par l'ADEME. C'est là que les assujettis déclarent chaque année les consommations d'énergie de leurs bâtiments, ainsi que les données descriptives et l'année de référence choisie. La plateforme calcule ensuite la position du bâtiment par rapport à sa trajectoire de réduction et délivre une attestation annuelle. Ne pas déclarer, c'est être en défaut, indépendamment du fait qu'on ait ou non réduit ses consommations.

Qui déclare : le propriétaire ou le locataire ? +

Les deux sont concernés, et c'est la source de confusion principale. Le propriétaire et le preneur à bail sont conjointement soumis à l'obligation, chacun pour ce qui relève de son périmètre : le propriétaire pour le bâti et les équipements collectifs, l'occupant pour ses propres consommations et son usage. En pratique, il faut s'accorder contractuellement sur qui saisit quoi. Un bail commercial récent comporte généralement une annexe environnementale qui organise ce partage.

Qu'est-ce que l'année de référence et comment la choisir ? +

C'est l'année de consommation qui sert de point de départ à votre trajectoire de réduction en valeur relative. Elle doit correspondre à une année d'occupation représentative et pleine, appuyée sur des consommations réelles justifiables. Le choix a des conséquences durables : une année de référence anormalement basse rend la trajectoire de réduction très difficile à tenir, une année exceptionnellement haute la rend trop facile — mais devra être justifiée. Ce choix se prépare, il ne s'improvise pas.

Le décret tertiaire est-il un diagnostic ? +

Non. C'est une obligation de résultat — réduire les consommations — assortie d'une obligation déclarative annuelle. Aucun rapport de diagnostic n'est exigé par le dispositif lui-même. En revanche, on ne pilote pas une trajectoire sans connaître son bâtiment : le DPE tertiaire et, plus encore, un audit énergétique sont les outils qui permettent d'identifier les gisements d'économies et de chiffrer les actions. Le décret crée le besoin, le diagnostic y répond.

Que risque-t-on à ne pas déclarer sur OPERAT ? +

Le dispositif prévoit une procédure graduée : mise en demeure, puis publication du nom de l'assujetti défaillant sur un site de l'État — le mécanisme dit du name and shame — et une sanction administrative. Au-delà de la sanction, le risque réel est patrimonial : un bâtiment tertiaire dont la trajectoire énergétique n'est ni connue ni pilotée se dévalorise sur un marché où les acquéreurs et les preneurs interrogent désormais systématiquement la performance énergétique.